Le secret du monde

Blog d'un japonais égaré dans un monde francophone.

17 décembre 2008

L'odeur d'hiver

Quand je sors le matin, je sens l'odeur d'hiver. Oui, c'est l'odeur d'hiver. Je la reconnais bien. C'est exactement comme tous les hivers que j'ai vécus. Tous les hivers ? C'est-à-dire, au Japon ?

Ce qui me frappe, c'est justement que cette odeur d'hiver d'ici, à Lyon, est identique qu'au Japon. Malgré la distance, malgré toute la différence, l'odeur reste la même. Mon vingt-quatrième hiver est dans la continuité de vingt-trois autres. A cause de cette odeur, j'ai le sentiment d'être toujours au Japon. C'est bizarre.

*

Toutes les fins d'année, ma famille - moi, mon frère et mes parents - va chez mes grands-parents qui habitent à Hiroshima, une ville qui se situe à l'ouest du Japon, et qui a été bombardé pendant la seconde guerre mondiale. C'est depuis je ne me souviens plus quand. Comme nous habitons actuellement à côté de Tokyo, nous prenons le train et faisons quatre heures de trajet. C'est ma mère qui réserve les billes pour quatre. Quand le jour de réservation vient, elle doit se réveiller très tôt car tous les habitants à Tokyo et aux alentours ont, eux aussi, la même idée. La fin d'année et le nouvel an sont un moment familial et traditionnel pour les japonais, et tout le monde va renter chez soi. Les journaux de télé montre toujours la foule qui part de Tokyo.

Comment tuer le temps dans le train ? C'est la question que moi et mon frère se posent chaque année. Normalement, je prend des livres, et mon frère, il prend des mangas car les livres ne sont pas tellement son truc. Mais je me rends compte toujours que ce n'est pas évident de me concentrer à ma lecture surtout quand le livre est un peu compliqué. C'est peut-être à cause de vitesse. Normalement, j'ai l'habitude de lire des trucs compliqués dans le train quand je vais à la fac ou au boulot. Mais puisque comme ça à la fin d'année, je finis souvent par emprunter des mangas de mon frère.

Mais, depuis peu, on sait mieux passer le temps : les jeux vidéos. Je sais pas pourquoi qu'on a pas conçu cette idée plus tôt car mon frère apportait toujours son ordinateur. Un jour, quand on s'ennuyait dans le train, on a finalement décidé d'essayer quelque jeu classique sur son ordinateur. Résultat : on a absolument adoré. Désormais, il est devenu notre habitude de jouer dans le train. Au fait, puisque c'est souvent la seule occasion que je joue aux jeux vidéos pendant toute l'année, j'ai toujours hâte de prendre train avec mon frère. De plus, quand on joue dans le train, c'est plus amusant que d'habitude. Quatre heures se passent vite et au bout d'un moment, on regrette même que le voyage se termine.

Pourtant, on n'a pas grand-chose à faire une fois on est chez mes grands-parents à Hiroshima. Ils habitent dans une petite maison et on est enfermé dans une chambre au deuxième. Certes, on a des livres, des mangas, et un ordinateur (sans Internet). On a pas mal de truc sur nous. Mais c'est la fin d'année. Un moment spécial. Un des très rares moments au Japon où quasiment personne ne travaille pas. Tout le monde a l'air animé, prêt à vivre cette transition d'une année à une autre. Les japonais ont même leur propre appellation pour le 31 décembre et le 1 janvier. Ce sont des jours traditionnels. On mange des repas propres pour chacun de jours.

Puisque c'est comme ça, je peux pas rester calme et sage, enfermé dans une chambre. D'ailleurs, elle est étouffante cette chambre - mes grands-parents ne l'utilisent pas d'habitude car c'est plutôt exclusivement pour ma famille qui ne leur rendre visite qu'une seul fois chaque année, ce qui fait la chambre poussiéreuse.

C'est ainsi, l'année dernière, le 31 décembre, j'ai décidé de sortir et aller au centre ville.

Il neigeait. Il avait du vent. Dés que je suis sorti, j'ai compris qu'il irait encore pire. Malgré cela, j'ai continué mon chemin. J'ai prit le train pour la station principale d'Hiroshima. J'y suis descendu, et puit monté au tramway pour aller au centre. J'ai eu l'impression que j'étais touriste, ce qui m'a fait bizarre car j'habitais à Hiroshima pendant quatre ans quand j'étais petit.

J'ai visité le château de Hiroshima, un petit château entièrement rasé par la bombe atomique, que j'avait visité mille fois quand y habitais. J'ai mangé un plat traditionnel de Hiroshima, okonomiyaki, une sorte de crêpe salé japonais, dont le goût m'était tout à fait familier. J'ai marché dans la neige jusqu'aux rues commerciales où se trouve des tas de boutiques et de magasin. Comme j'étais fatigué, je suis allé au café pour me reposer.

Au café, il y avait du monde. En effet, dans la rue aussi, il y en avait pas mal. Certes, la plupart des magasins étaient fermés. Mais ça n'empêchait qu'il y avait des gens qui passaient. C'était normal, pensais-je, car c'était quand même le centre de la ville et Hiroshima n'était pas une petite ville. (En effet, Elle est deux fois plus grande que Lyon au niveau d'habitant.)

J'ai prit un chocolat, et me suis installé. J'ai regardé un peu la salle. A côté de moi s'essayaient deux filles. Elles parlaient des films, des personnes qu'elles connaissaient etc. L'une d'entre eux évoquait de temps en temps un cartier près de chez moi. Peut-être elle restait chez ses parents qui habitaient à Hiroshima pendant les vacances. Et dans ce cas-là, l'autre fille devrait être son amie d'enfance, devinait-je.

L'autre côté de moi s'installait un homme qui plongeait dans l'écriture des cartes postales de nouvel an. Au japon, on a une tradition d'échanger des cartes postales avec ses amis, camarades, collèges, etc. En fait, on doit les reçoive le jour précis : le jour d'an. Du coup, on se dépêche d'écrire afin que les puissent les recevoir la date fixée. C'est comme un devoir à rendre : on commence à entamer le dernier moment. Mais, pourquoi écrivait-il au café, ai-je demandé. Il aurait pu écrire chez soi. Peut-être il pouvait mieux se concentrer comme ça. Je ne savais pas.

A part eux, le café est plein des couples et des amis. Ils passeraient le temps ensemble ce denier jour d'année. Ils avaient bien l'air heureux. Je les entendais rire. Ils étaient tellement joyeux, j'avais presque envie de leur rejoindre.

Mais il y avait aussi des gens qui étaient seul. Ils étaient là, comme s'ils étaient dans l'autre espace que les autre. Curieusement, ils ne faisaient rien. Ni lisait, ni écrivait. Ils buvaient du café et regardais leur portable de temps en temps.

Tout d'un coup, je me suis rendu compte que j'étais tout seul.

Que faisaient-ils ? Me suis-je dit. Peut-être auraient-ils un rendez-vous après. Peut-être faisaient-ils leurs coures. Peut-être avaient-ils leur raison précise pour être là et étaient-ils bien contents.

Mais n'y avaient-ils pas, pensais-je, d'autres possibilités ? Par exemple, ne voulais-ils pas tellement être là tout seul mais plutôt avec quelqu'un qu'ils aimaient ? Même si de toute façon ils étaient aussi tout seul chez eux, n'avaient-ils pas pensé qu'il voudrait mieux être parmi les gens que rester dans leur maison ? Et n'attendaient-ils pas que quelque chose se passe sur la ville. N'était-ce pas une tentative de refuser le fait que l'année soit en train de se terminer sans événement ?

Je ne savais pas...

*

Tous ces souvenirs me viennent. A cause de l'odeur d'hiver. C'est la première fois, depuis que je suis venu à Lyon - ça fait déjà quatre mois - que j'ai pensé au Japon. Bien sûr, je pense de temps en temps au Japon. Mais pas d'une telle façon que j'éprouve une sensation comme si le passé m'appelle. Je sens une sorte de lien émotionnel fort avec mon pays natal. De puis que je suis là, rien ne m'a encore évoqué un tel sentiment. Ni les japonaises que j'ai rencontrées. Ni la musique japonais que j'ai écoutée. Ni les livres japonais que j'ai apportés. Et ni la voix de ma mère au bout du téléphone...


Posté par ayejp à 15:10 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    très beau texte , bien écrit avec toute la précision qui convient pour capter le lecteur ; merci de nous avoir fait découvrir un peu de votre pays ; bon séjour en France et encore une fois félicitations pour votre facilité à manier notre langue française .

    Posté par daniel, 11 janvier 2009 à 16:56

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